«L’intelligence artificielle ChatGPT commence à être connue parmi les étudiants. Certains sont tentés de l’utiliser pour leurs travaux. Et les logiciels anti-plagiat ne semblent pas fonctionner.»
23 Déc 2022
23 Déc 2022
«L’intelligence artificielle ChatGPT commence à être connue parmi les étudiants. Certains sont tentés de l’utiliser pour leurs travaux. Et les logiciels anti-plagiat ne semblent pas fonctionner.»
6 Déc 2022
Un professeur de Management de l’Université de Saint-Gall, accusé de plagiat (dont des auto-plagiats), est dorénavant accusé d’avoir publié au moins deux douzaines de travaux de fin d’études d’étudiants sous son propre nom. Les étudiant∙es concerné-es se sentent trompés et souhaitent se défendre : «C’est lamentable d’apprendre qu’on a été exploité par son propre professeur», a déclaré l’un d’entre eux. Des collègues professeurs de l’Université de Saint-Gall ont également sévèrement critiqué les agissements du professeur.
Le Journaliste du St. Galler Tagblatt Stefan Schmid que l’Université de Saint-Gall ne semble avoir rien appris de l’affaire des dépenses («Spesenaffäre»). Le recteur Bernhard Ehrenzeller devrait communiquer lui-même et mettre de la lumière sur cette affaire, par exemple sur la question pourquoi la commission d’enquête n’a jamais écouté le groupe d’étudiant-es qui a lancé l’alerte. Ces agissements seraient par ailleurs en contradiction avec le code de bonne conduite, qui dicte: «Nous attirons l’attention sur le fait que si certaines choses ne vont pas, et ne nous taisons pas.»
2 Déc 2022
Un professeur de l’Université de Saint-Gall est soupçonné par plusieurs expert-es d’avoir plagié «de manière systématique» dans sa thèse (qu’il a fait dans une université allemande). La NZZ am Sonntag avait traité ce sujet en octobre 2022. L’accusé est dorénavant aussi soupçonné d’avoir aussi plagié dans son travail d’habilitation, qu’il a déposé à l’Université de Saint-Gall. L’expert en la matière Stefan Weber estime que ce travail académique est «définitivement inadmissible», une évaluation que le professeur émérite en droit Thomas Geiser partage: «On ne peut pas utiliser les mêmes données scientifiques («Erkenntnisse») aussi bien pour la thèse de doctorat que pour l’habilitation.»
L’Université de Saint-Gall dit qu’elle n’a pas vérifié s’il y a eu de plagiat dans ce doctorat, mais l’habilitation aurait été évaluée pendant neuf mois dans une commission de recherche, qui n’aurait pas trouvé de comportement scientifique incorrect. Stefan Weber estime que c’est un mauvais signe («eine Beerdigung erster Klasse») «pour la place scientifique suisse et pour l’université.»
Selon les recherches de ce journal, le Conseil de l’Université était au courant dès décembre 2021 des accusations, et qu’il a même pu devenir chef de l’institut depuis. Le porte-parole de l’Université de Saint-Gall Joachim Podak riposte que l’université a pris «très au sérieux» les accusations., un expert externe renommé aurait été consulté, et le recteur aurait juste suivi les recommandations de la commission de recherche.
13 Juin 2022
Les hautes écoles suisses ont élaboré un codice pour la recherche en collaboration avec swissuniversities, le Fonds national suisse et Innosuisse, un garde-fous dans le traitement des annonces d’erreurs ou de falsifications.
La juriste Regina Aebi-Müller de l’Université de Lucerne a participé à la rédaction de ce code. Selon elle, «Un point de discussion litigieux lors de la rédaction a été le traitement des informateurs anonymes». Il n’est toutefois pas certain que les universités divulguent les annonces d’études erronées. Car pour les universités, les erreurs dans leurs contributions scientifiques peuvent signifier une grande perte de réputation. «Les universités décident elles-mêmes si elles veulent divulguer des procédures et lesquelles.»
L’Université de Lucerne voit plutôt l’avantage des déclarations anonymes et a mis en place une sorte de boite aux lettres pour des lanceurs d’alerte anonymes qui transmettent les informations aux services et personnes compétents. Le chargé de communication Lukas Portmann déclare : «Les principes de procédure énoncés dans le règlement, notamment aussi la confidentialité de la procédure, permettent toutefois d’atténuer les effets négatifs. De plus, le principe de la présomption d’innocence s’applique.»
1 Juin 2022
Une étude publiée aux Pays-Bas démontre que plus de la moitié des 6800 scientifiques interrogé-es dans les universités néerlandaises commettent régulièrement des fautes professionnelles légères. Il s’agit notamment de la dissimulation de résultats négatifs d’études, de l’encadrement insuffisant de jeunes chercheur-euses et de l’absence de documentation. Concernant les faux-pas volontaires et graves, une personne sur douze admet avoir commis de la falsification d’images et de résultats, de la manipulation du déroulement de la recherche ou du plagiat.
En Suisse, les chiffres précis sur la mauvaise conduite scientifique ne sont pas enregistrés de manière centralisée. Les universités décident elles-mêmes si et quelles procédures elles veulent rendre publiques. Selon la juriste Regina Aebi-Müller de l’Université de Lucerne, il n’est pas dans l’intérêt des hautes écoles d’exposer les erreurs. La crainte d’une atteinte durable à l’image de marque est trop grande.
Si par contre une infraction n’est pas constatée dans sa propre haute école, mais dans une demande de financement de la recherche, une procédure incombe au promoteur. Le Fonds national suisse (FNS) a mis en place un organe de contrôle qui vérifie chaque année 5 % des demandes d’encouragement soumises. Dans l’échantillon de 2020, le FNS a contesté l’intégrité de 20 des 357 demandes contrôlées, mais n’a sanctionné que trois personnes.
27 Jan 2022
Selon une enquête parue en janvier, menée auprès de 1800 doctorant-e-s et jeunes docteur-e-s, 21% des répondants disent avoir vu une tierce personne s’attribuer le fruit de leurs travaux. Souvent un encadrant, comme le note Colin Lemée, président de l’association Doctopus. Selon une doctorante, ces abus découlent en partie de l’«hyperconcurrence», due au manque de postes chroniques à l’université. Et de la nécessité pour les encadrants de s’assurer que chacun de leurs doctorant-e-s ait des résultats à présenter, «quitte à piller ceux d’autres jeunes chercheurs.»
A la rentrée 2021, le Réseau national des collèges doctoraux, [une organisation française] a mené une enquête auprès de plus de 11’500 doctorant-e-s. 15% des personnes interrogées se disent insatisfaites ou très insatisfaites de la manière dont leur directeur veille à ce que leurs travaux soient bien crédités.
Par ailleurs, selon la première enquête susmentionnée, 20% des répondants disent avoir subi du harcèlement moral, le plus souvent perpétré par l’encadrant de la thèse.
18 Jan 2022
«La science n’échappe pas à la tricherie. Le nombre de publications malhonnêtes explose. Mais ces arnaques intellectuelles sont de plus en plus souvent dénoncées.»
2 Déc 2021
Le nouveau code d’intégrité de l’Association suisse des sciences montre quels sont les principes de base à respecter et comment agir en cas de violations. Il a été présenté à Berne et a été débattu «de manière engagée». Astrid Epiney, Rectrice à l’Université de Fribourg, évoque que la Conférence des recteurs des hautes écoles suisses est en train d’élaborer les conditions-cadres pour un centre de compétences avec un pool d’expert·e·s susceptibles de mener des enquêtes. Elle ajoute: « En Suisse, un tel centre de compétences ne pourrait toutefois qu’avoir une fonction de soutien. Pour des raisons juridiques, l’institution concernée doit mener elle-même les investigations et décider des mesures à prendre.»
25 Nov 2021
Malcom Macleod, directeur académique pour l’amélioration et l’intégrité de la recherche l’Université d’Edimbourg et professeur en neurologie et neuroscience translationelle, estime que les universités devraient se concentrer sur des mesures pour améliorer l’intégrité de la recherche plutôt que l’intégrité des chercheur-e-s. «Si la qualité du travail de chaque scientifique pouvait être améliorée ne serait-ce qu’un peu, l’impact global sur l’intégrité de la recherche serait énorme. Je me suis efforcé de comprendre comment les institutions peuvent encourager des améliorations progressives et de grande envergure. Deux choses sont nécessaires : un changement collectif de mentalité et une évolution vers des mesures appropriées.»
24 Nov 2021
Le 1er novembre 2021, la HES-SO a officiellement adopté le Code d’intégrité scientifique national ainsi que son propre plan d’action en la matière.
29 Sep 2021
Pour s’assurer que la science respecte les plus hauts standards, la Suède a créé une nouvelle institution gouvernementale en 2020, chargée d’enquêter sur d’éventuels plagiats, falsifications ou fabrications de documents. En tant qu’organe indépendant, elle s’occupe de cas qui étaient auparavant traités à l’interne des universités suédoises. Pour l’année 2020, elle a reçu 46 dénonciations, soit trois fois plus qu’attendu. Au final, quatre chercheur-euse-s ont été exposé-e-s.
Peter Allebeck, membre du Conseil national d’évaluation des malversations dans le domaine de la recherche (Npof) attribue ce nombre élevé à une pression exercé sur les chercheur-euse-s de publier constamment afin de trouver de fonds. Pris dans une logique de «publish or perish» («la publication ou la mort»), les scientifiques finissent alors parfois par plagier, falsifier, voir même fabriquer des données.
En Suisse, ces enquêtes sont menés par les universités mêmes. Cependant, selon le président du conseil de la recherche du Fonds national suisse Matthias Egger, cela ne suffit pas. «Une autorité légale serait difficile à mettre en place dans un pays fédéral, mais nous réfléchissons avec nos partenaires à une commission centrale qui offrirait ses compétences pour des cas où les universités sont en difficulté, avec l’aide d’experts internationaux.»
23 Juil 2020
Deux cardiologues de l’Université de Zurich ont été sous le feu de critiques cette année. L’un, Frank Ruschitzka, est co-auteur d’une publication dans le journal Lancet sur le médicament Hydrochloroquine, qui a été retirée car issue de données de recherche fabriquées. La presse internationale a traité cette affaire, nommée «Lancetgate». Par ailleurs, le chercheur s’apprêtait à publier comme premier auteur une étude sur une spécialisation qui n’est pas la sienne, et sans accord des co-auteurs. Le cas de Frank Ruschitzka a été rapidement examiné par «une personne indépendante de confiance», et il lui a été recommandé «d’être plus diligent» lors de publications futures. Sa «punition» était de travailler gratuitement trente heures pour un centre de compétences universitaire.
Le cardiologue renommé Francesco Masano a, quant à lui, été accusé par le Tages-Anzeiger de ne pas avoir mentionné les complications dans ses publications sur ses opérations. Par ailleurs, il n’aurait pas été transparent sur ses participations à des entreprises. Depuis mai, le conseil de l’hôpital l’a mis en congé et a demandé à un bureau d’avocats d’examiner l’affaire. Celui-ci n’a trouvé «aucun signe de comportement illicite» ou d’«occultation délibérée.» L’université, quant à elle, n’a toujours pas mis ensemble un groupe d’expert pour l’enquête prévue et il reste incertain quand et s’il pourra reprendre son travail.
L’auteur Christoph Mörgeli dénonce une inégalité de traitement de ces cardiologues.
15 Juil 2020
«Le journal alémanique Schweiz am Wochenende accuse le célèbre chirurgien René Prêtre d’avoir « inventé » six patients dans le cadre d’une étude publiée en 1998. Interrogé dans le 19h30, le Jurassien dément ces accusations, dont il n’explique pas la résurgence.»
13 Juil 2020
René Prêtre, chef du Service de chirurgie cardiaque au CHUV et chef du Centre de chirurgie cardiaque pédiatriques aux HUG, est soupçonné d’avoir fabriqué des données de recherche lors d’une étude clinique publiée en 1998, alors qu’il travaillait aux HUG. Il aurait, par ailleurs, omis de communiquer dans une étude de cas la mort du patient quelques mois après une opération (en 1995) et aurait publié avec un co-auteur à l’insu de ce dernier (en 1997).
19 Juin 2020
Concernant la lutte contre la fraude scientifique, l’auteur de l’article écrit [traduit de l’allemand]: «L’une des problématiques concerne les sanctions auxquelles les chercheurs sont confrontés s’ils ne respectent pas les règles. En Suisse, les infractions ne sont pas suffisamment claires et ne sont pas réglementées de manière uniforme. Il incombe aux universités et aux institutions de sanctionner leurs fautes. Cela peut conduire à la même « infraction » qui se traduit par un avertissement dans une université et un licenciement dans une autre. Cette injustice pourrait être évitée si un organisme supra-régional prenait en charge la sanction.»
10 Juin 2020
Selon Wired, «The Lancet et The New England Journal of Medicine ont rétracté jeudi dernier une paire d’articles influents sur le Covid-19, un événement rare dans l’édition scientifique. Pour les chercheurs en médecine, c’était comme voir le Washington Post et le New York Times supprimer en même temps des articles connexes – une confluence d’échecs éditoriaux qui soulève de graves questions sur ce qui a mal tourné et pourquoi. Mais à quel point ce scandale est-il vraiment surprenant ? Serait-ce l’une des « plus grandes rétractations de l’histoire moderne », comme l’a décrit un observateur dans The Lancet à propos du journal ?»
Henri Bounameaux, président d’ASSM, demande dans le Tages-Anzeiger que l’Université de Zurich lance une enquête sur le co-Auteur de l’étude Franz Ruschitzka, qui est cardiologue à l’Université.
25 Fév 2020
Jusqu’à 5000 CHF d’amende et 40 heures de travaux d’intérêt général : le règlement disciplinaire de l’Université de Zurich suscite des résistances des associations des étudiant-e-s.
25 Fév 2020
L’auteur de l’article, professeur associé en criminologie à l’université d’État de New York, estime, après avoir dénoncé son coauteur, «on ne peut pas faire confiance aux universités pour enquêter sur les accusations de fraude, ni même pour suivre leur propre politique en la matière.»
20 Déc 2019
Une étude de l’EPFL parue dans la revue Science a été retracté. En cause: la falsification d’une partie des données afin d’obtenir des résultats plus significatifs. «Contactée par Le Temps, la
scientifique à l’origine de la falsification a confié «regretter amèrementcette erreur» ayant conduit à sa démission.»
22 Août 2019
En manipulant la science, les industriels tels que Mosanto, Philip Morris, Exxon ou Coca-Cola font appel à des stratégies pernicieuses créant ainsi des conflits d’intérêts. Pour ce faire, des scientifiques sont employé·e·s afin de se mettre au service des lobbies industriels.
C’est ce dont dénonce le journaliste français Stéphane Horel, «Certains sont employés directement par les firmes. D’autres travaillent pour des cabinets de défense de produit, entièrement financés par ces dernières. Une troisième catégorie, les universitaires, entretient des relations plus ou moins régulières avec les firmes. Les liens qu’ils nouent avec ces sociétés créent des conflits d’intérêts puisqu’ils sont impliqués dans la construction d’un savoir public. Une étude financée par un industriel a quatre à neuf fois plus de chances de donner des résultats favorables au produit que si elle avait été financée sur fonds publics.»
Par conséquent, pour libérer la science de cette emprise, il faudrait «un «pot commun» dans lequel les industriels verseraient leur écot pour réaliser des études de toxicité supervisées par les autorités publiques. Celles-ci seraient ainsi protégées du travail de manipulation des industriels. Un tel dispositif permettrait d’échapper à cette forme de totalitarisme à but lucratif et sans doute de restaurer la confiance.»